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Le Poche du Samedi ! Sur la table de chevet de la Balance


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Hudson Rivers, Joyce Carlo Oates, Points Seuil, 720 pages, 8,95 €

 

Le Pitch

Adam Berendt, sculpteur aussi charismatique qu’obscur, perd brutalement la vie  en tentant de sauver une petite fille de la noyade. La riche communauté de Salthill-on-Hudson, banlieue chic et cossu de New York, est sous le choc. Les femmes surtout, qui semblent être toutes tombées amoureuses de cet homme plutôt laid, mal foutu, mais doté d’un charisme inexplicable. Elles l’ont toutes aimé, rêvé d’être sa maîtresse, de s’enfuir avec lui, d’être sa préférée. Mais le pouvoir de séduction d’Adam Berendt n’a  pas seulement déboussolé la gente féminine, il n’a pas épargné les hommes. Ces riches hommes d’affaires austères et ambitieux perdent un ami, ou le rêve d’une amitié non aboutie. Cette mort bouscule l’équilibre de la communauté. Elle se désagrège et perd tous ses repères. Les couples explosent, les divorcés délirent, les enfants ne supportent plus leurs parents. La folie rôde dans les jolis jardins des demeures historiques de Salthill, la dépression s’installe dans les maisons mausolées, les burn out surgissent dans les pieds à terre New Yorkais et les ados dépriment dans leurs chics pensionnats de la côte Est. Un petit bijou de psychologie, de sociologie et de littérature ! Dès la première page, Joyce Caroll Oates nous prend par la main et nous entraîne dans la descente aux enfers d’une bourgeoisie américaine hors sol. Pris au piège, on peut plus  quitter ces personnages à la dérive, car telle une reine du suspens à l’anglo-saxonne, elle bifurque, tiens en haleine jusqu’à la fin. Une fin étonnante où la tragédie filtre avec le happy end.

Les Symboles Balance

C’est par les travers, les petits défauts de la Balance que je décrirais les nombreux symboles Balance qui jalonnent cet ouvrage. L’amour tout d’abord, malgré sa laideur Adam Berendt a su conquérir le coeur de toutes les femmes de Salthill, toutes classes confondues. Cela s’appelle le charme, le charisme, l’écoute, le respect de l’autre. Il possédait « ce je ne sais quoi » qui vous cloue sur place, vous arrache le coeur et déchaîne tous vos fantasmes. Même les hommes se sont retrouvés totalement dépendant de cet homme. Sa disparition provoque un burn out collectif dans la petite communauté, car soudain tout ce qui a cimenté ce groupe explose. Joyce Carol Oates interroge le poids du conformisme social, des apparences, d’un luxe anesthésiant les émotions, des convenances. Parce que cet homme était différent, parce qu’il était mystérieux et  sans passé, il a ouvert la boîte de Pandore et toutes les frustrations, les désirs, les non dits et les regrets ont  explosé en plein vol. Voilà ce que risque la Balance, quand elle vit trop attachée au regard de l’autre, trop attachée aux apparences, aux conventions sociales, quand elle joue la créature parfaite et aimable, qu’elle n’est pas toujours. Et si à la fin, tout semble rentrer dans l’ordre pour certains acteurs de l’histoire, les leçons sont-elles bien retenues ? Pas si sur, la Balance a t-elle su débarrasser de ses dépendances et  de ses chaînes affectives ?

Un couple survit et sublime les épreuves de cette aventure, grâce à un amour qui renaît, re trouve l’équilibre et la rédemption. Un rêve de Balance, se réconcilier après la tempête, se pardonner, trouver le juste milieu par la voie du dialogue, c’est que parviennent à faire Augusta et Owen Cutler. Ouf ! Tout n’est pas si noir, même dans les romans de  Joyce Carol Oates.

L’Extrait tellement Balance !

« La lumière des bougies rendait ses femmes, âgées de trente-cinq , quarante ans, étrangement belles. Une beauté d’une innocence et d’une simplicité troublantes, qui semblait n’avoir jamais été mise à l’épreuve ; comme si ces femmes n’avait jamais hurlé dans les douleurs de l’enfantement, gémi dans les spasmes de l’orgasme, sué, déféqué. Comme si, sous leurs vêtements coûteux, leurs corps avaient la perfection lisse de poupées de porcelaine. Elles baignaient dans cet état d’euphorie conviviale où elles éprouvaient le besoin de se toucher, se faisaient, sur leurs cheveux, leur peau, leurs vêtements, leur beauté, des compliments extravagants. Naturellement, ces femmes étaient toutes amies, elles se connaissaient depuis des années. Elles étaient soeurs, nées dans le même oeuf. On aurait dit (…)  une parodie de camaraderie – que ces femmes cherchaient l’une dans l’autre, comme des surfaces réfléchissantes magiques, un peu de leur immortalité. »

La Balance  a aimé, ils vont aimer aussi

Le Cancer pour ces histoires de familles qui finissent mal, mais pas toujours !

Parce que le Cancer aura toujours un oeil indulgent et expert sur tout ce qui touche à la famille, parce qu’il a vécu son enfance intensement avec bonheur ou regret, parce qu’il aura toujours du mal à se séparer de ses parents, il aimera observer à la loupe ces parents incapables d’aimer leurs enfants, ces enfants paumés et sans amour, ces couples à la dérive.

Le Lion pour les mirages dangereux de la richesse et des apparences qui vous mènent parfois droit dans le mur.

Parce que le Lion est sensible au luxe, à la réussite sociale, il portera un regard attentif sur les pièges du conformisme et d’un pouvoir social qui peut s’effondrer à tout moment quand le coeur et la sincérité n’y sont pas. Parce qu’il est généreux et solaire, il aimera le parcours rédempteur et courageux de certains personnages en quête d’identité et de vérité.